Samedi 22 novembre 2008

LA VICTOIRE EN PLEURANT


La première bataille du "Chemin des Dames" entre Ségolène Royal et Martine Aubry vient de prendre fin avec une victoire à la pyrrhus de la seconde sur la première, l'écart au niveau national n'étant que de...42 voix. La faiblesse de l'écart entre les deux candidates explique le climat délétère au sein du parti socialiste (climat délétère qui ne date pas d'aujourd'hui), les partisans de Ségolène Royal parlant ouvertement de fraudes dans le département du Nord (fédération de Martine Aubry) et de la Seine Maritime (fédération de Laurent Fabius).


Cependant, cette victoire est en réalité une déroute pour Martine Aubry et une victoire pour Ségolène Royal. Pourquoi? Tout simplement parce que le premier tour avait donné les résultats suivants: Royal 29%; Aubry 25%; Delanoe 25% et Hamon 19%. Delanoe se ralliant après le premier tour ( ou plutôt après le congrès de Reims, ce qui montre tout son courage politique) à Aubry et Hamon appelant à voter Aubry après le second, les résultats auraient dû être les suivants: Royal 29%; Aubry 71%. Que nenni, on se retrouve à un 50/50 alors que, si les reports de voix avaient suivi les consignes des leaders, on aurait eu un résultat plus proche de 3/4 vs 1/4.


Comment Martine Aubry peut-elle crier victoire avec une telle déperdition de voix entre chaque tour de scrutin?
Il s'agit en effet pour elle d'une véritable déroute puisqu'il lui manque 21% des suffrages qu'elle pouvait espérer!


Comment Martine Aubry va t'elle diriger le PS avec le climat électrique qui y règne?

Avec les fabiusiens et les hamonistes qui votaient non à la constitution européenne alors qu'elle déclarait "Ce traité, il suffit de le lire pour voter oui"!

Ou avec les euroenthousiastes delanoeistes et strauss-kahniens qui, on s'en doute, n'ont pas la même conception de l'Europe que leurs "amis" de l'aile gauche du PS?


Avec qui nouera t'elle des alliances?

Avec la LCR comme le dit la motion Hamon ou avec... personne, puisqu'elle a refusé toute alliance avec le MODEM alors qu'elle s'est alliée à ce même MODEM pour gagner la mairie de Lille ce qui prouve que la rhétorique de Martine Aubry se résume à "faîtes ce que je dis mais pas que je fais" et qui confirme qu'elle partage au moins une chose avec Ségolène Royal qui est que la cohérence n'est une valeur cardinale pour aucune des deux.


Quant à Ségolène Royal, on peut qualifier son score de victoire car passer de 29% à 49.98% alors que tout le monde, éléphants en tête, la démolissaient à longueur de temps, est le signe qu'il faudra compter avec elle au PS et dans la politique française.


La première bataille du Chemin des Dames avait eu lieu en août-septembre 1914 et avait vu, après des pertes humaines terribles, le front se stabiliser pour 3 années de guerre de tranchées.


La seconde eut lieu d'avril à juin 1917 avec des pertes énormes qui aboutirent au limogeage des chefs militaires français Nivelle et Mangin dont les méthodes avaient été à l'origine des mutineries.


La troisième eut lieu de mai à août 1918 et vit les alliés récupérer le terrain perdu avant la victoire finale en novembre.


La première bataille du "Chemin des Dames" du parti socialiste s'est terminée hier au soir et nous sommes partis pour trois ans de guerre de tranchées entre les différents courants, la seconde bataille ayant lieu pour la désignation de la candidate socialiste à la présidentielle de 2012. Et, vu l'état du PS, la victoire décisive risque de ne pas avoir lieu preuve que l'histoire, si elle se répète, ne se répète pas toujours complètement.


Pour Martine Aubry et pour le parti socialiste, le scrutin d'hier au soir se résume se résume à une phrase: "La victoire en pleurant".


Philippe DAVID






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Vendredi 21 novembre 2008

LE CHEMIN DES DAMES

 

Les militants socialistes ont tranché en envoyant au second tour de l'élection du premier secrétaire Ségolène Royal, arrivée en tête, et Martine Aubry qui bénéficie du soutien de Benoit Hamon après celui de Bertrand Delanoe. Le scrutin s'annonce cependant plus serré que prévu, les voix de Delanoe ne s'étant pas totalement reportées, loin s'en faut, sur Martine Aubry ( Ségolène Royal arrive d'ailleurs en tête dans la section du maire de Paris, ce qui est un véritable camouflet pour lui). On peut en déduire que, dans l'équipe Aubry, la présence des fabiusiens qui ont voté "non" au traité constitutionnel en 2005, a servi de repoussoir pour les plus européens des "delanoeistes".

 

Cependant, qu'est ce qui oppose les deux candidates?

 

L'Europe? Elles ont toutes les deux voté "oui" au traité constitutionnel et ont soutenu la ratification par voix parlementaire du traité de Lisbonne.

 

La social-démocratie (communément appelée aujourd'hui "social-libéralisme")? Non plus. Ségolène Royal se qualifiait il y a peu de "libérale" avant de qualifier ce mot de "mot de nos adversaires" lorsque Bertrand Delanoe s'est réclamé du libéralisme tandis que Martine Aubry a, un temps, représenté l'aile droite du PS.

 

Leur conception de l'état au sein de l'économie? Non plus, elles étaient toutes deux membres du gouvernement de Lionel Jospin qui, bien qu'il eût en son sein des ministres communistes et verts, a plus privatisé qu'aucun gouvernement de droite!

 

Le renouveau? Elles ont toutes les deux été ministres de François Mitterrand et de Jacques Chirac, preuve qu'aucune d'entre elles n'incarne un quelconque renouveau.

 

L'arrivée dans le monde politique de personnalités non issues du "sérail"? Elles sont toutes les deux énarques et pour l'une, fille de colonel tandis que l'autre est fille de ministre. On est loin de la diversité sociale dont se réclament les socialistes.

 

En clair, rien n'oppose les deux candidates si ce n'est leurs ambitions personnelles. Les socialistes doivent donc voter pour une personne (ou plutôt contre une personne pour un grand nombre d'entre eux) et en aucun cas pour un programme (logique, le parti socialiste n'en a pas).

 

Quelque soit le vainqueur (très difficile à mettre au féminin), le parti socialiste sera en lambeaux et après Reims, ville dans laquelle il aura mis deux femmes en tête de son scrutin interne, il risque de ressembler à l'armée française après la terrible bataille du "Chemin des Dames".

 

Philippe DAVID

 

 

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Lundi 17 novembre 2008
LE CHANT DU CYGNE DANS UN CHAMP DE RUINES...

Reims est, dans l'histoire de France, une ville marquée du sceau de la guerre. Ville martyre pendant la première guerre mondiale; ville où a été signée la capitulation allemande le 8 mai 1945; ville où s'est tenu le congrès du Parti Socialiste le week-end dernier. Et cette dernière bataille n'est peut-être pas la moins violente qu'a connu la capitale de la Champagne...

En effet, entre ce que « Le Figaro » a qualifié de « Nuit des longs couteaux », que j'appelerai « Nuit des longs manteaux », les socialistes français se « taillant des costards » sur mesure alors que les nationaux-socialistes allemands s'égorgeaient pour de bon, et l'état dans lequel se trouve le PS ce lundi, on peut dire que la bataille a été rude, fratricide, totale et que, comme toute grande bataille, elle laissera des traces.

On avait connu le congrès de Metz en 1979 au cours duquel « mitterrandistes » et « rocardiens » s'étaient déchirés. Celui de Rennes en 1990, au cours duquel les « jospinistes » et les « fabiusiens » s'étaient tirés à vue. Le dernier affrontement sera celui de Reims, le parti socialiste étant probablement passé le week-end dernier de l'état de mort cérébrale à l'état de mort tout court. En effet, certaines questions se posent désormais inéluctablement et exigent des réponses.

Que vont faire ensemble des gens qui se détestent au point de ne pratiquer entre eux que l'intrigue, les coups bas, les revirements et les reniements en permanence?

Que vont faire ensemble des gens qui n'ont aucun point commun comme Benoit Hamon et Ségolène Royal, sans oublier Martine Aubry qui risque de gagner le poste de premier secrétaire en ralliant les voix de Bertrand Delanoë qui a appelé à voter pour elle lundi alors qu'il ne donnait pas de consignes lors du congrès ( ce qui apporte la preuve de son grand courage politique)?

Quelle va être la voie choisie par Martine Aubry si elle gagne? La social-démocratie qu'elle vilipende aujourd'hui alors qu'elle a appelé à voter pour la constitution européenne en 2005 ou la voix fabiusienne qui appelait à voter « non » à ce même traité?

Quelle alliance fera t'elle? Regardera t'elle vers le MODEM ou vers la LCR, les deux étant parfaitement incompatibles? Tout est possible puisque Ségolène Royal avait dit après sa défaite à la présidentielle qu'elle voulait un gouvernement allant « de Bayrou à Bové »! Si Ségolène Royal l'a proposé, pourquoi pas Martine Aubry?

Le changement de cap de Bertrand Delanoë fait désormais clairement de Martine Aubry la favorite pour le poste de premier secrétaire et la charge d'une violence inouie de Jack Lang ce matin sur RTL prouve que les coups hauts et bas ne sont pas terminés et qu'ils ne s'arrêteront pas jeudi, quel que soit le vainqueur.

Le futur premier secrétaire reprendra un parti déchiré dans lequel les haines et les rancoeurs seront bien plus forts que les convergences et le projet politique.

Le week-end dernier, le Parti Socialiste a fait son chant du cygne dans un champ de ruines.

Philippe DAVID

 

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Vendredi 14 novembre 2008
GRAND GUIGNOLADE

L'élection de Barack Obama aux USA a donné à certains l'idée de signer une pétition intitulée "manifeste pour l'égalité réelle" dans le dernier numéro du "Journal du Dimanche". Comme d'habitude, il ne s'agit que d'un texte rempli de bonnes intentions. Qui peut en effet être contre l'égalité et pour les discriminations?

Cependant, le texte comporte deux alinéas intéressants:

-"Limiter les mandats électoraux pour forcer le renouvellement du monde politique"

-"Soumettre les partis politiques à un pacte de la diversité et organiser un Grenelle de l'égalité réelle et de la diversité"

Entièrement d'accord avec ces deux propositions ( qui sont les deux dernières sur les six de la pétition) mais on relit 10 fois la liste des signataires quand on voit que, parmi les signataires, outre Carla Bruni, figurent Patrick Devedjian et Jean-François Copé.

Patrick Devedjian et Jean-François Copé demandant la limitation des mandats électoraux ne peut provoquer qu'une chose: un grand éclat de rire!

En effet, Patrick Devedjian cumule les postes de Député et de Président du Conseil Géneral des Hauts de Seine tandis que Jean-François Copé cumule les mandats de Député et de Maire de Meaux.

Pour être dans l'esprit du département des Hauts de Seine,  Madame Devedjian est la directrice de cabinet de son mari. Il faut dire que dans ce département la politique ne se vit que de manière familiale puisqu'y sont élus les membres de la famille Sarkozy (Nicolas et Jean) à Neuilly, les membres de la famille Balkany (Patrick et Isabelle) à Levallois-Perret, les membres de la famille Ceccaldi-Raynaud (Charles, Joëlle et Vincent) à Puteaux etc... On arrêtera cet inventaire qui me donne personnellement envie de remplacer le Drapeau Tricolore par le Drapeau à Fleurs de Lys et de crier "Vive le Roi" vu l'aspect monarchique de ce département huppé.

Quant à Jean-François Copé, tout comme Patrick Devedjian, ils ne s'opposent en aucun cas aux investitures données par leur parti à des gens dont le seul mérite est d'être "de Sang Bleu" et se moquent totalement de la diversité lorsqu'il s'agit de désigner des candidats, sauf bien entendu quand il s'agit de combats électoraux perdus d'avance. Il faut bien, en effet, avoir de quoi se donner bonne conscience!

Enfin, pour la limitation des mandats demandée dans la pétition, il est bon de rappeler qu'il ne faut pas combattre que le cumul mais également la professionalisation de la politique. Ainsi, Mr Devedjian est élu depuis 25 ans tandis que Mr Copé est élu, lui, depuis 13 ans! Soyez cependant certains qu'ils se représenteront dans 4 ans aux législatives pour les deux et qu'ils tenteront de se faire réelire dans leur second mandat tout en ayant signé une pétition contre le cumul et tant pis pour la cohérence entre les mots et les faits.

En voyant le nom de certains signataires, cette pétition ressemble à une grand guignolade!

Philippe DAVID



N.B:J'ai à ce sujet beaucoup aimé l'interview de Lynda Asmani, élue UMP de Paris, dans l'émission "Les grandes gueules" d'aujourd'hui qui disait grosso modo ce que je dis dans cet article et que nous disions avec mon ami blogueur Patrick Crasnier hier sur l'antenne de Radio Plus Toulouse.
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Jeudi 6 novembre 2008
WAIT AND SEE

L'élection de Barack Obama restera un évènement historique du fait que Barack Obama est le premier non blanc a accéder à la magistrature suprême dans un pays dans lequel les noirs n'avaient pas le droit de vote il y a 50 ans. J'ai personnellement souhaité sa victoire, le ticket unissant Barack Obama et le francophile Joe Biden me paraissant infiniment meilleur que le ticket unissant John Mc Cain, qui d'après certains de ses amis du Parti Republicain aurait fait passer Dick Cheney pour Gandhi, à l'inénarrable Sarah Palin, qui prêche la Bible dans une main et le M16 dans l'autre, et qui se qualifiait de "pitbull avec du rouge à lèvres".

Cependant, malgré l'"Obamania", malgré le plaisir d'en finir avec 8 années de "neo cons"  , terme valable tant dans la langue de Shakespeare que dans celle de Molière, ne nous berçons pas d'illusions: Obama ne nous fera aucun cadeau. Dans tous les domaines, il fera avant tout ce pour quoi les américains l'ont élu: défendre les intérêts américains. Ainsi, s'il peut faire passer Boeing avant Airbus (notamment dans le contrat des avions ravitailleurs), Westinghouse avant Areva et Exxon avant Total, il le fera sans hésiter, ce qui se comprend puisqu'il a été élu pour défendre les intérêts de son pays. Il serait juste bon que nos dirigeants fassent de même, eux qui pensent trop souvent que le monde nous suivra y compris dans nos délires comme le "Grenelle de l'environnement".

Malgré tout, on peut espérer de gros progrès en termes de politique étrangère avec la fin de l'unilatéralisme Bushiste et le retour d'une Amérique plus ouverte sur le monde. La nomination du francophile et francophone John Kerry au Département d'état serait une excellente nouvelle qui contrebalancerait le maintien du républicain Robert Gates au Secrétariat à la défense. Enfin, on peut espérer la fin du "French bashing" avec la présence dans la garde rapprochée du nouveau Président du frère de Michelle Obama qui a joué en France comme basketteur professionnel, du francophone Phil Gordon ainsi que de deux conseillers d'origine française, David Plouffe et Jon Favreau.

Le bilan désastreux dans tous les domaines de l'administration Bush peut rassurer Barack Obama sur le fait que son bilan ne pourra en aucun cas être pire que celui de son prédécesseur mais, vu l'état politique et surtout économique des USA, il va sans dire qu'il a du pain sur la planche.

Dans 76 jours, Barack Obama prêtera serment et on verra alors s'il met en oeuvre les promesses qu'il a faites pendant sa campagne.

Wait and see...

Philippe DAVID



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